Faire collectif

Le besoin de changement de modĂšles se fait sentir, tant au niveau de la formation, de la crĂ©ation que de la production artistique. Il est impĂ©ratif de repenser les diffĂ©rentes structures existantes pour qu’elles soient plus inclusives et adaptĂ©es aux rĂ©alitĂ©s diversifiĂ©es des individus, tout en mettant l’accent sur le collectif, de nouvelles gouvernances et de nouveaux modes d’action. Le travail en collectif encourage un alignement sur des valeurs communes, qui doivent ĂȘtre choisies ensemble et clairement identifiĂ©es afin de garantir le succĂšs et la cohĂ©sion d’un projet, qu’il soit pĂ©dagogique ou artistique. Il s’agit par exemple de crĂ©er un environnement sain et bienveillant facilitant l’apprentissage des apprenant·es, et qui soit aussi un espace oĂč les pĂ©dagogues se sentent moins seul.es et obtiennent une meilleure reconnaissance de leurs pair·es et de la direction de l’Ă©tablissement. Par la mise en place de collectifs bienveillants, accueillants et choisis, les artistes, pĂ©dagogues, apprenant·es peuvent Ă©voluer et travailler dans des cadres dont iels sont partie prenante et s’y sentent lĂ©gitimes.

Exercices / outils - Échauffement avant les entraĂźnements des jeunes du projet En CirquĂ© ; "Échelle : mon sentiment de solitude ", "Chanter ensemble", "La Sieste", danse individuelle en s’imprĂ©gnant du collectif, avec Caroline de CorniĂšre
Journal de bord – Visio avec l’équipe Reboot pour prĂ©parer la rencontre Ă  la Verrerie d’AlĂšs. Trouver les ressources pour faire collectif en confiance et en douceur.

Faire corps

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Penser sa place dans un collectif ou une Ă©quipe invite Ă  ancrer des pratiques dans la durĂ©e. C’est aussi rĂ©flĂ©chir Ă  l’organisation d’une formation ou d’un projet comme un tout, ensemble, et non comme une succession de pratiques individuelles parfois contradictoires, tout en assumant les diffĂ©rences de mĂ©thodes et de rapports au corps entre les personnes impliquĂ©es. Il s'agit de rĂ©ussir Ă  s'extraire de l'imaginaire d'un projet portĂ© par une entitĂ©, qui ne s'appuie en fait sur aucune discussion collective, voire qui n'existe pas, et se rassembler pour en crĂ©er un, qui soit concret et portĂ© par l'ensemble des membres du collectif. Des rencontres rĂ©guliĂšres ou des ateliers spĂ©cifiques adressĂ©e Ă  l’équipe et dĂ©diĂ©es Ă  ces questions sont importants pour engager des dynamiques communes. Ces temps viennent irriguer les pratiques de tous·tes les pĂ©dagogues afin de garantir un climat de travail positif et cohĂ©rent sur le plan pĂ©dagogique. Se constituer en Ă©quipe pĂ©dagogique nĂ©cessite alors de trouver des valeurs communes, par exemple en co-Ă©crivant une charte ou un rĂšglem

Travailler ensemble, autrement

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Le secteur artistique et culturel est marquĂ© par la diversitĂ© des conditions de travail, des conditions d'emploi, et des conditions d’accĂšs au marchĂ© du travail. De ce fait, les travailleur·euses d’art vont revendiquer des statuts, des rĂŽles et porter des luttes diffĂ©rentes Ă  leurs endroits. Comment, dĂšs lors, faire collectif, travailler plus horizontalement et trouver les outils pour le faire ? Nommer sa place et son statut au sein d’un groupe ou d’une institution, rendre lisibles et visibles les enjeux de rĂ©munĂ©ration, de gratification, d’évaluation, d’évolutions professionnelles et pouvoir les discuter, valoriser les connaissances individuelles et les compĂ©tences collectives, les savoirs formalisĂ©s et les savoirs empiriques, identifier les charges (physiques, mentales, Ă©motionnelles) pour repenser collectivement leur rĂ©partition.

Que cela soit au sein d’une compagnie artistique, d’une institution culturelle, d’une association ou d’une Ă©cole, des lĂ©gislations et textes rĂ©glementaires protĂšgent et encadrent le travail. S’y rĂ©fĂ©rer, en dĂ©battre, inventer ses maniĂšres de travailler ensemble dans le cadre lĂ©gislatif (produire une charte par exemple, imaginer des outils de communication) permet de clarifier les relations de pouvoir et de nommer le travail pour Ă©viter l’invisibilisation de certaines tĂąches, frĂ©quente dans le secteur : charge de prĂ©paration des pĂ©dagogues, charge mentale du suivi d’un·e apprenant·e en difficultĂ©, nĂ©cessitĂ© de rĂ©pondre Ă  des appels Ă  projets, charges administratives, gestion des ressources humaines, temps de transport
 Enfin, penser le travail collectivement, Ă©prouver des modes de gouvernance, c’est aussi s’interroger sur les mythologies de “mĂ©tiers”, la nĂ©cessitĂ© du travail, le plaisir Ă  travailler, et les modĂšles politiques dans lesquels il peut s'inscrire (rĂ©munĂ©ration versus travail gratuit, notions de carriĂšre, surproduction, valeur du travail sur un marchĂ©, etc.). Travailler ensemble, c’est aussi penser les endroits des luttes collectives (association, syndicats, collectifs militants), pour s’organiser, participer Ă  et fĂ©dĂ©rer.

Célébrer les luttes

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Trouver des zones de plaisir et de sĂ©curitĂ© est essentiel pour le bien-ĂȘtre et l’épanouissement des membres des collectifs. Les ateliers qui mĂȘlent formel et informel sont d’une importance capitale. Ils permettent des discussions nĂ©cessaires Ă  tous·tes les participant·es, favorisant la crĂ©ation de liens, le partage de ressources et de vĂ©cus. Ces moments sont prĂ©cieux pour renforcer la cohĂ©sion et la solidaritĂ© au sein des collectifs. Mais en plus, la crĂ©ation de rituels de cĂ©lĂ©bration ramĂšne au premier plan la place de la joie et du plaisir dans les contextes de crĂ©ation, de travail, de transmission, d'enseignement. Les institutions manquent souvent de reconnaissance envers les sujets jugĂ©s “intimes” tels que la maternitĂ©, la transition de genre, et le sentiment d’exclusion vĂ©cu par les corps queer et racisĂ©s. Le collectif, notamment en non-mixitĂ© choisie, rend possible le partage de ressources et crĂ©er un espace dans lequel il est possible de s’interroger sur la maniĂšre dont nous nous percevons et nous prĂ©sentons aux autres. Assumer son identitĂ©, trouver et prouver sa lĂ©gitimitĂ©, et mettre en place des stratĂ©gies de visibilitĂ© sont des Ă©tapes indispensables pour une reconnaissance pleine et entiĂšre de soi et de son travail. Les collectifs offrent des espaces pour se ressourcer, se sentir en sĂ©curitĂ© et se rĂ©jouir ensemble.

Gestion de conflits

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Historiquement, les mouvements fĂ©ministes ont cherchĂ© Ă  s’organiser de maniĂšre plus horizontale et dĂ©mocratique pour limiter les dynamiques de pouvoir au sein de leurs associations. Depuis les annĂ©es 1970, plusieurs formes d’organisation novatrices et d’outils ont Ă©mergĂ©, tels que la cogestion, la gestion participative, les outils de communication non-violente ou encore les espaces non-mixtes. Ces modĂšles visent Ă  rompre avec les hiĂ©rarchies institutionnalisĂ©es et Ă  contrer les structures patriarcales traditionnelles notamment en matiĂšre de justice face au risque de reproduction de systĂšmes oppressifs. Face Ă  des situations de violences (de genre, de race, de classe), il n’existe jamais une seule rĂ©ponse. Au sein de collectifs militants, la gestion de conflit est largement discutĂ©e et les actions empruntent souvent Ă  diffĂ©rents courants, mĂ©thodes d’intervention qui ont en commun d’ĂȘtre sous-tendus par des principes selon lesquels les groupes ne sont jamais stables et que le conflit va forcĂ©ment arriver. GĂ©rer les conflits en ce sens, c’est aussi considĂ©rer qu’il peut produire de la richesse, du changement : s’en saisir et voir ce qui naĂźt du conflit.

Pour autant, l’ensemble des pratiques et actions de groupes militants ne sont pas immĂ©diatement transposables Ă  tous les espaces professionnels. En effet, lorsque des relations de travail verticales sont en jeu (positions hiĂ©rarchiques), il est souvent plus complexe de penser les conflits en autogestion et dans une forme d’horizontalitĂ©. Des collectifs sont spĂ©cialisĂ©s pour proposer des outils qui s'adaptent Ă  diffĂ©rents contextes. D’un autre cĂŽtĂ©, dans le cadre professionnel, il existe des procĂ©dures qui visent Ă  protĂ©ger les travailleur·euses qui sont nĂ©cessaires dans des contextes d’abus de pouvoir. La rĂ©ponse Ă  un conflit au sein d’un groupe, d’un espace de travail, d’un collectif est donc toujours complexe. Dans le domaine des arts vivants et des arts visuels, s’interroger sur la gestion de conflits, inventer les espaces possibles pour rĂ©pondre aux violences, mobiliser des rĂ©cits, penser le collectif a infusĂ© de nombreuses dĂ©marches artistiques qui encadrent, dĂ©placent ces enjeux en interrogeant leur possible reprĂ©sentation.

Partager des savoir-faire

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Faire collectif, c'est permettre la mise en commun de ressources et outils, la crĂ©ation de rĂ©seaux (de soutien, de diffusion, d'Ă©change) et le partage de pratiques, entre pair·es mais aussi entre pĂ©dagogues et apprenant·es. Le collectif, au sens le plus large, invite Ă  prendre conscience et Ă  accepter que chacun·e possĂšde des savoir-faire et que les positions de pĂ©dagogues et apprenant·es peuvent ĂȘtre mouvantes et s'inverser. Par lĂ , il s'agit Ă©galement de penser l'enseignement de maniĂšre plus horizontale, de pair·e Ă  pair·e, et non dans une verticalitĂ© sachant·e - non-sachant·e. L’importance du collectif et du choix de ses membres (non-mixitĂ© choisies entre femmes et/ou personnes queer) constituent non seulement une stratĂ©gie de visibilitĂ©, mais Ă©galement un moyen de ne pas porter des projets seul·e, offrant ainsi un espace de sĂ©curitĂ© tant sur le plan artistique que personnel.

Ressources

  • HARNEY, S. et MOTEN, F. (2022), Les sous-communs. Planification fugitive et Ă©tude noire, Les presses du rĂ©el
  • KUNST, B. (2015) Artist at work. Proximity of art and Capitalism, Zero Books
  • PROVANSAL, M. (2022) Artistes mais femmes. Une enquĂȘte sociologique dans l’art contemporain, ENS Éditions
  • SCHULMAN, S (2021), Le conflit n’est pas une agression, traduction française de Julie Bortin Zortea et JosĂ©phine Gross, Ă©ditions B42.
  • STARHAWK (2021), Comment s’organiser? Manuel pour l’action collective, Cambourakis
  • BUTLER, J. (2016), PluralitĂ©, performativitĂ© et politique, Fayard.